INTERVIEW with Yole Dérose, Renowned Haitian Singer/Musician (In French & English)


Interview by Louis Carl Saint Jean in French  (See English TRANSLATION below) 

Incontestablement, Yole Dérose chatouille tous les sens des passionnés de la musique haïtienne. Elle a d’abord été à leurs yeux une beauté de rêve, un sourire désarmant, un doux reposoir. Ensuite, elle a été à leur ouïe une voix fraîche et limpide comme l’eau cristalline d’une source chantante de montagne. Fondue ou non avec les ingrédients de la voix chaude et virile de cet être mythique de la chanson et de la musique qu’était son époux Ansy Dérose, la voix de Yole, odeur des bougainvilliers du Champ-de-Mars d’autrefois, touchera tous les cœurs et tous les esprits. Finalement, au détour des années 1980, Yole était devenue une diva, mieux: une icône de notre scène musicale. Et ce qui frappe le plus chez elle, c’est le fait de chanter avec vie, de créer avec profondeur, de communiquer avec passion, de penser avec mesure. Et elle fait tout cela avec un goût pénétrant divinement anisé au parfum de sapotille, avec un naturel étonnant et une rare simplicité!
En lisant Yole, on remarquera que, même après près de quatre décennies – ô délices!- , son « cœur continue à battre la mesure ». Géniale!

Depuis quand chantez-vous?
Je suis entrée dans la chanson très jeune. En tant qu’enfant de prêtre, c’était à l’époque une obligation de faire partie de la chorale de l’église. Ensuite, j’ai fait la rencontre de Mme Lina Mathon-Blanchet qui a trouvé que j’avais une voix très particulière. Elle voulait la mettre sur scène, de sorte que j’ai fait le va-et-vient pendant environ deux ans à ses cours de chant. Peu de temps après, je rencontrais Ansy et cela a réorienté toute ma vie.

À part Mme Lina Mathon-Blanchet, avez-vous eu d’autres professeurs de chant et / ou de voix?
J’en ai rencontré d’autres, mais je n’ai pas perduré avec eux parce que, quand je suis entrée dans la vie d’Ansy, tout a changé. Ansy était un professionnel très délicat, méticuleux, qui travaillait régulièrement sa voix. Il a d’abord voulu que je rentre à tout prix dans sa logique, ce que j’ai fait pendant un bout de temps. Il avait son répétiteur qui venait régulièrement à la maison pour des séances de travail servant à développer et entretenir la voix. Il a souvent travaillé également le chant classique avec la pianiste Micheline Laudun-Denis.

Quand avez-vous rencontré Ansy pour la première fois, et comment a commencé votre carrière en duo?
J’ai vu Ansy chanter pour la première fois quand j’avais 16-17 ans. C’était au théâtre de la Sainte Trinité. Peu de temps après, je suis partie pour le Canada avec la pépinière de mon école, le Collège Saint Pierre (théâtre et danse) en même temps que la Troupe Folklorique Nationale pour représenter notre pays au Festival international de la jeunesse francophone, la Superfrancofête. C’est là que j’ai rencontré Ansy pour la deuxième fois. On s’est liés d’amitié et on s’est promis de se revoir en Haïti. A cette époque, je m’adonnais beaucoup à la danse. C’est ainsi que j’ai été sollicité par Ansy pour que je danse à un de ses spectacles. C’est ainsi qu’a commencé l’histoire.

Combien de temps avez-vous passé au Canada?
Pas très longtemps. Peut-être neuf mois. Les formalités avaient été remplies pour que je poursuive mes études à l’Université Laval. Entre-temps, quelque chose s’est passé dans ma famille et j’ai décidé de retourner en Haïti. Je ne voulais plus rester à l’étranger.

Quand Ansy et vous êtes-vous montés sur scène pour la première fois pour entamer cette légendaire et inédite carrière?
C’était en novembre 1977, à l’occasion du Cinquième Festival International de la Chanson et de la Voix à Porto Rico. Nous avons chanté la version espagnole de «Merci» et nous avons remporté le deuxième prix.

À l’époque de votre enfance / adolescence, quel genre de musique écoutiez-vous? Dans quelle ambiance musicale avez-vous grandi?
D’abord, c’est la musique religieuse, qui ne m’a pas retenue longtemps. J’écoutais les chansons françaises, comme tous les jeunes de l’époque. J’ai été aussi attirée par certaines musiques haïtiennes, par le jazz aussi. Disons, par la musique en général. Tout ce qui me touche me retient. Je suis une artiste de cœur. Je ne suis pas une super-technicienne, bien que j’admire les techniciens. Mais ce qui me touche le plus, c’est ce qui touche mon âme.

Qu’entendez-vous par «technicien»?
Je désigne ainsi les mordus de la technique, ceux qui priorisent le coté mécanique de la musique.

Y a-t-il des chanteuses haïtiennes qui vous ont influencées?
J’ai écouté la musique de Martha Jean-Claude, Toto Bissainthe, Ti Corn, Carole Démesmin, et celle de toutes les chanteuses haïtiennes qui ont osé. L’on est inévitablement touché par les artistes et surtout les plus connues, mais j’avoue n’avoir été influencée en particulier par aucun d’elles. J'apprécie toute production artistique de qualité, et la liste est bien longue.

Au cours de votre adolescence, avez-vous pensé que vous alliez devenir cette chanteuse célèbre que vous êtes maintenant?
Non, je n’y avais jamais pensé. Mais, j’avais quand même une vie très active, parce que j’étais attirée par tout ce qui était art. J’ai fait du mannequinat: par exemple, j’ai porté les Bijoux Périclès et sa célèbre robe en métal. Je faisais presque tout ce que les jeunes filles de mon âge ne faisaient pas à l’époque. J’étais attirée par la poterie, le design. J’étais également une mordue de la chanson et de la danse latine, en particulier. Or, ce n’étaient pas des priorités dans ma famille. Les deux priorités y ont toujours été l’école et l’église.
Il y a une chose dont on ne s’écarte pas: quand on la voix, on le sait, même si on n’est pas vraiment conscient de ce que l’on peut en faire. D’autant plus qu’il n’y a jamais eu aucune forme d’ouverture en Haïti pour une adolescente douée d’un talent quelconque. Et cela est vrai, jusqu’à ce jour. Ceux-là qui arrivent à percer plus ou moins sont ceux qui ont quitté le pays.

Donc, qu’aviez-vous fait pour vous adonner à l’art pendant que vous deviez satisfaire en même temps ces deux priorités familiales?
J’ai fait de mon mieux. Je me suis battue, car j’ai un tempérament particulier. Par exemple, je mettais de côté tout l’argent qu’on me donnait chaque jour pour la récréation et j’allais prendre un cours de danse les vendredis chez Lavinia Williams, à l’insu de mes parents. Ce sont des petites choses que j’ai osées dans ma jeunesse et qui m’ont servie. Au fond de moi-même, je sentais que j’étais une artiste et je savais que j’allais dans la bonne direction.

Quand le duo Ansy-Yole a-t-il chanté en public pour la dernière fois?
C’était le 20 décembre 1996 à la HENFRASA. Nous avons fait nos adieux à la scène et brûlé en public les vêtements que vous avions porté lors de notre premier spectacle.

Qu’avez-vous fait par la suite?
Après la mort d’Ansy, j’ai monté «Les Productions Yole Dérose». Pour y parvenir, j’ai utilisé toute mon expérience avec Ansy et avec d’autres artistes locaux et internationaux. «Les Productions Yole Dérose» représentent une plate-forme d’échange avec des artistes d’origines diverses. Elles me servent aussi de socle pour produire, mais davantage comme auteure et metteuse en scène. Ma première production a été «Au nom de l’Atlantide », suivie de bien d’autres telles que: «Femme», « Haïti, Terre de feu »...

Comment marche cette entreprise?
«Les Productions Yole Dérose» se portent bien. Les multiples créations et spectacles présentés au cours des 15 dernières années qui en portent la griffe sont là pour en témoigner.
Cependant, rien n’est jamais facile chez nous. L’aspect financier reste le problème majeur. Le travail artistique ne fait pas partie des priorités du pays, puisqu’il y en a tellement. Mais, heureusement qu’il y a certains mécènes qui aident tant bien que mal nos créations. C’est ainsi que nous arrivons à survivre.

Vous êtes incontestablement l’une des plus grandes chanteuses haïtiennes, toutes générations confondues. Pourquoi, jusqu’ici, n’avez-vous fait qu’un seul album solo? Ne pensez-vous pas publier un nouvel album solo pour succéder à l’exquis «Quand mon cœur bat la mesure»?
C’est une question que l’on me pose souvent...
J’ai débuté dans la chanson en duo avec Ansy et le public en a tout de suite eu le coup de foudre. En fait, je n'ai pas eu de carrière solo, sinon des interventions solos dans la programmation du duo. J’ai fait un album personnel à cause de l'insistance du public et des circonstances... Ce n'était pas aussi facile qu'aujourd'hui. Il y en aurait probablement eu d’autres, si le temps l’avait permis... Mais ce duo était primordial pour nous aussi: il était un symbole unique en Haïti.
S’il arrive que je doive faire un autre album? Je ne sais pas… Moi aussi, je rêve de publier un album, car celui qui ne rêve pas ne vit plus. On va voir. Peut-être que cela arrivera un jour. Il ne faut jamais dire: «Fontaine, je ne boirai pas de ton eau.»

Quel est votre projet le plus récent?
Je fais beaucoup d’autres choses actuellement. J’ai monté «Haïti Cœur de Femme» il y a environ trois ans pour justement pallier à cette carence en voix féminines qui n’arrivent pas à émerger. C’est une plate-forme d’une dizaine de jeunes chanteuses qui possèdent une belle voix. Cette activité absorbe mon temps et calme un peu mes frustrations. C’est très dur de vivre en Haïti et de constater que le temps passe et qu’on n’arrive pas à aller au bout de ses rêves. En tout cas, je suis bien dans ce que je fais.

Vous avez parlé du «bout de vos rêves». Quel est le «bout de vos rêves»?
Le bout de mes rêves, c’est de voir l’art devenir prioritaire en Haïti, de le voir enseigné dans toutes les écoles, pour qu’il ne soit plus un « truc » entre parenthèses; qu’il fasse partie du curriculum des écoliers et des étudiants. Comme on enseigne les mathématiques et d’autres disciplines, il faut qu’il y ait des cours de chant, de solfège, de musique, de danse. De par notre histoire même, on ne peut pas se départir de l’art. Je crois que pour refaire l’Haïtien, il faut le remettre debout par ce biais, c’est-à-dire par son art, par sa culture, par ce qu’il a de fondamental.

Quel constat dressez-vous de la situation actuelle de la musique populaire haïtienne?
La musique populaire haïtienne est aujourd’hui un cocktail de tous les genres. Ce n’est pas étonnant, car de nos jours, grâce à l’internet, le monde est vraiment devenu comme on dit un petit village. On ne va pas passer par mille chemins pour constater que chacun fait ce qu’il peut. Le résultat de ce qu’on produit est toujours fonction de ce qui a été absorbé.

Dans cette même veine, on va jusqu’à critiquer assez souvent, à tort ou à raison, certains artistes haïtiens qui imitent un peu trop servilement les étrangers. Qu’en pensez-vous?
C’est vrai. On en a fait le survol tout à l’heure. À force de chercher ce qu’ils pensent ne pas avoir, certains jeunes artistes se perdent, s’écartent de leur identité réelle, de leur culture, tout simplement de leur créativité. Il y a une tendance à aller vers les produits qui marchent financièrement, et qui pullulent à travers les réseaux sociaux. Si on est un artiste, on doit pouvoir créer. On peut aussi créer quelque chose de beau, d’unique à partir de tous les genres que l’on aura assimilé.

Pensez-vous que cette situation va se redresser? Êtes-vous optimiste?
Je suis une personne naturellement très positive. Je ne m’attarde pas sur ce que je ne peux pas changer. J’essaie de faire un petit peu mieux ce que je choisis de faire. C’est ma pierre dans la pyramide. Des fois, il peut arriver que je sois frustrée, un peu inquiète, mais pas découragée.
Comment peut-on demander à des jeunes sans appui, sans formation, sans instruction, ni soutien familial, de faire autrement? Ce qui arrive le plus souvent, c’est que les parents se trouvent dans une situation où il doivent chercher le pain quotidien. Donc, ils ne peuvent pas donner ce qu’ils n’ont pas. Ainsi, beaucoup de ces jeunes se trouvent à la dérive et improvisent leur vie.
On ne peut pas non plus blâmer les jeunes s’ils manquent de conscience, de confiance et de conviction, parce que la solution ne dépend pas uniquement d’eux. Il faut des têtes pensantes, des fous comme ceux-là qui essaient de redresser la barque. Il faut des gens formés qui puissent leur servir de guide, de modèle dans une structure adéquate. Mon leitmotiv est: «A travers l’art, tous les miracles sont possibles.» En tout cas, je reste très positive, malgré tout. C’est ma nature. Quand on n’est pas optimiste, la lumière s’en va ; or, il faut la garder.

Vous reconnaissez-vous dans la nouvelle génération de la musique haïtienne?
Pour moi, la musique, comme toute création artistique, est intemporelle, et je ne me situe pas dans une période déterminée. Toutefois, il y de belles sorties de cette nouvelle génération et souvent, je m'y reconnais.

Quel genre de musique haïtienne écoutez-vous de nos jours?
J’écoute un peu de tout. La musique dite retro, aussi bien que la nouvelle vague haïtienne.

Écoutez-vous les succès de Yole et Ansy?
Rires… Non. Pas souvent.

Avez-vous des chansons fétiches?
Oui. Comme c’est moi qui ai toujours monté les programmes des spectacles, il y avait des chansons qui revenaient toujours, et cela aujourd’hui encore. Par exemple, pour Ansy et moi, il y avait « Si Bondye». Cependant, « Chanson pour Haïti » et « Chante l’oiseau » restent des incontournables.

Pensez-vous que l’artiste a une mission sociale? Pensez-vous qu’il doit dénoncer certaines tares de la société?
Je crois que beaucoup d’artistes l’ont fait. Il y en a qui sont plus subtils que d’autres. Toujours est-il qu’un artiste doit être un messager. Il transmet ce qui le traverse. S’il vit dans un environnement où tout est à l’envers, il en devient le messager. S’il transmet le contraire, il y a un courant qui ne passera pas et son public ne répondra pas. Évidemment, on peut transmettre avec élégance, avec passion, avec folie, selon les circonstances. C’est toujours un choix. Il faut un équilibre entre l’artiste et son environnement.

Sans aucun doute, vous aimez la poésie? Taquinez-vous la muse? Quels sont vos poètes haïtiens préférés?
J’écris à mes heures perdues et j’adore la poésie. J’aime presque tous les poètes haïtiens. Cependant, il y a une dernière grande vague, celle de ma génération, qui m’interpelle profondément.

Pensez-vous que, en ce XXIe siècle, notre société traite la femme haïtienne d’une façon qui lui permet de se libérer, de s’émanciper pleinement?
C’est toujours beaucoup de travail, de lutte dans une société aussi machiste que la nôtre. Je pense que la femme haïtienne doit continuer à œuvrer pour son émancipation et s’imposer de plus en plus, comme beaucoup sont arrivées à le faire dans plusieurs domaines depuis quelques années afin de servir ainsi de phare, de modèle, aux générations montantes. Ce n’est pas dans le "hing-hang" «Homme-Femme» que nous ferons bouger les choses, mais par l'acceptation des valeurs réelles et leur harmonisation dans le sens de l'équilibre.

Quand vous pensez à votre merveilleux passage sur scène, quel est le plus beau souvenir qui émerge?
Il y a eu beaucoup de moments forts au cours de ma carrière, mais j’ai été particulièrement marquée par la fidélité du public, lors d’un concert qui devait se dérouler au Carnegie Hall, à New-York. C’était le 26 septembre 1982. Après plusieurs mois de négociations et de préparation, enfin, le jour J arriva! Pareille à une étudiante qui allait recevoir son bulletin d’admission, j’étais dans ma loge, à un étage, tachant de maitriser l’émotion que je ressentais à l’occasion de cette grande première. De plus, on craignait que le public ne pût faire le déplacement à cause d’un mauvais temps annoncé la veille. Pour couronner le tableau, c’était pour la première fois qu’un couple de chanteurs haïtiens foulait les planches du Carnegie Hall… J’étais partagée entre le trac et la peur d’un échec artistique et financier; il s’est mis à pleuvoir fortement. Pour moi, ce fut le coup de grâce: le public ne ferait pas le déplacement! Toutes les cinq minutes, je regardais par la fenêtre qui surplombait la rue principale à perte de vue… Toujours pas grand-chose… J’ai arrêté de me torturer, me disant qu’on n’y pouvait rien. Un moment après, quand le régisseur qui nous aidait à gérer le stress frappa tout surexcité à la porte, j’ai pensé à l’annulation de la soirée. Au contraire, il s’écria: «Toutes les rues sont bloquées! L’on n’a jamais vu cela au Carnegie Hall… On retarde exceptionnellement le show de 30 minutes.» Et il ouvrit la fenêtre pour nous le faire constater. C’était l’impensable: je vis une file interminable de personnes faisant patiemment la queue sous la pluie, avec une multitude de parapluies de toutes les couleurs, comme sortis de tous les coins et recoins de Manhattan. Une féérie de couleurs… Haïti était présente, et cette image est restée à jamais gravée dans ma mémoire. De toute évidence, la soirée se déroula dans une euphorie complète… Un vrai succès. Mais, pour moi, c’était bien plus que cela.

De quel instrument de musique jouez-vous, si tel est le cas?
J’ai évidemment fait le solfège. Très jeune, j’ai touché à la guitare, j’ai pianoté, j’ai joué au tambour traditionnel aussi, mais je ne joue d’aucun instrument de manière professionnelle. Mon instrument de musique préféré, c’est la voix; il est précieux, unique, irremplaçable, et ne s’achète pas.

Si vous n’étiez pas chanteuse, quelle autre carrière auriez-vous embrassé?
J’aurais peut-être été dans les coulisses d’un théâtre, m’occupant de la formation d’artistes. Je ferais de la mise en scène. Et c’est exactement ce que je fais aujourd’hui. Je ne m’imagine pas faisant une activité sans rapport avec ma vie artistique.

On vous considère comme l’une des plus belles femmes haïtiennes, une «Anacaona », une «Choucoune » de notre temps. Est-ce facile ou difficile de vivre jour après jour le statut d’icône dont vous jouissez auprès de la nation entière?
On le dit, on l’affirme. Je dis merci. On ne vous perçoit pas ainsi en quelques années. Cela prend du temps. Ce statut d’icône est plutôt flatteur, mais je le vis en toute simplicité.

Sur une île déserte, quelles sont les trois ou quatre œuvres musicales haïtiennes et étrangères que vous apporteriez avec vous ?
Si l’île était déserte, je n’aurais aucun support pour écouter des œuvres musicales. J’apporterais de préférence de quoi naviguer vers une terre plus accueillante. (Rires)

Quel est le héros haïtien qui vous a le plus marqué?
J’ai été marquée par les héros qui nous ont donné notre indépendance, et c’est pour leur rendre hommage que j’ai monté la superproduction «Haïti, Terre de Feu». Cependant, j’ai toujours une émotion de plus en évoquant l’histoire d’Henry Christophe, de Dessalines aussi.

Dans la vie réelle, quel est le personnage qui vous a le plus marqué?
Ansy Dérose a été mon mentor, celui qui m’a convaincue de faire carrière dans la chanson après m’avoir écoutée chanter juste une fois. De plus, il a été mon époux pendant plus de 20 ans et le père de ma fille unique. C’était un homme exceptionnel et j’ai beaucoup appris avec lui. C’est ainsi que tout a vraiment commencé pour moi... J’aurais pu citer d’autres noms, mais il garde le premier rang.

Quel est votre message pour les jeunes filles haïtiennes qui souhaiteraient devenir un jour une icône, une idole, comme vous?
Je leur dirais d’oser avoir des rêves, de travailler dur pour les réaliser malgré les incertitudes, et de toujours croire au miracle de l’art.

Entrevue avec Louis Carl Saint Jean
louiscarlsj@yahoo.com, 2015


Carl Louis St. Jean

By Louis Carl Saint Jean

 

 


*** English Translation by Google Translate Below

Unquestionably, Yole Dérose tickles all the senses of Haitian Music enthusiasts. She was first in their eyes a dream beauty, a disarming smile, a sweet altar. Then it was to their hearing a voice as fresh and clear crystal water of a mountain spring singing. Fondue or not with the ingredients of the hot and virile voice of this mythical being of the song and music was his husband Ansy Dérose, Yole's voice, the smell of bougainvillea Champ de Mars of the past, touch every heart and every mind. Finally, at the turn of the 1980s, Yole had become a diva, best: an icon of our music scene. And what strikes most about it is the fact of singing with life, create depth with, communicate with passion, able to think with. And it does all this with a taste divinely penetrating the sapodilla aniseed scent with a natural wonder and a rare simplicity!
Reading Yole, note that even after nearly four decades - O delight - his "heart continues to beat time." Awesome!

Since when have you been singing?
I entered the very young song. As priest of a child, it was at the time an obligation to be part of the church choir. Then I made the acquaintance of Mrs. Lina Mathon Blanchet who found that I had a very distinctive voice. She wanted to put it on stage, so I made back and forth for about two years to his singing lessons. Shortly after, I met Ansy and it refocused my life.

Apart Lina Mathon Blanchet, have you had any other voice teachers and / or voice?
I met others, but I have not persisted with them because when I entered the life of Ansy, everything changed. Ansy was a very difficult professional, meticulous, who regularly worked her voice. He first wanted me to come all costs in its logic, what I did for a while. He had his tutor who regularly come to the house for work sessions for developing and maintaining the voice. He often worked classical singing with pianist Micheline Laudun Denis.

When did you meet Ansy for the first time, and how did your career duo?
I saw Ansy sing for the first time when I was 16-17 years. It was the theater of the Holy Trinity. Soon after, I went to Canada with my nursery school, the College Saint Pierre (theater and dance) together with the National Folkloric Troupe to represent our country at the International Festival of Francophone youth, Superfrancofête. This is where I met Ansy for the second time. It was a friendship and we promised to meet again in Haiti. At that time, I adonnais me much to dance. Thus I was asked by Ansy that I dance to one of his shows. Thus began the story.

How long have you spent in Canada?
Not very long. Maybe nine months. The formalities were fulfilled for me to continue my studies at Laval University. Meanwhile, something happened in my family and I decided to return to Haiti. I did not want to stay abroad.

When were you on stage for the first time to begin this legendary and unique career?
It was in November 1977 at the Fifth International Festival of Song and Voice Puerto Rico. We sang the Spanish version of "Thank you" and we won the second prize.

At the time of your childhood / adolescence, what kind of music were you listening? In what musical environment did you grow up?
First, it is the religious music, which is not holding me long. I listened to French songs, like all young people of the time. I was also attracted some Haitian music, jazz too. Say for music in general. Everything that touches me holding me back. I am a heart of artist. I'm not a super-technician, although I admire the technicians. But what touches me the most is that touches my soul.

What do you mean by "technicians"?
I designates the technology enthusiasts, those who prioritize the mechanical side of music.

Will he Haitian singers who have influenced you?
I listened to the music of Martha Jean-Claude, Toto Bissainthe, Ti Corn, Carole Demesmin, and that of all Haitian singers who dared. One is inevitably affected by the artists and especially the most famous, but I confess to have been particularly influenced by any of them. I appreciate any artistic quality production, and the list is long.

During your teenage years, have you thought that you would become this famous singer as you are now?
No, I never thought. But I still had a very active life, because I was attracted by everything that was art. I did the modeling: for example, I wore the jewelery Pericles and his famous metal dress. I was almost everything that young girls my age were not at the time. I was drawn to pottery, design. I was also bitten a song and Latin dance in particular. But these were not the priorities in my family. The two priorities were always the school and church there.
There is one thing we do not deviate: when one voice, we know, even if you are not really aware of what we can do. Especially that there has never been any form of openness in Haiti for a teenager any gifted talent. And this is true to this day. Those who manage to penetrate more or less people have left the country.

So what did you do to indulge in art while you were to meet at the same time these two family priorities?
I did my best. I fought because I have a particular temperament. For example, I put away all the money they gave me each day for recreation and I would take a dance class on Fridays at Lavinia Williams, unbeknownst to my parents. These are little things I have in my youth and daring that have served me. At the bottom of myself, I felt that I was an artist and I knew I was going in the right direction.

When Ansy-Yole duo he sang in public for the last time?
It was December 20, 1996 to Henfrasa. We said goodbye to the stage and publicly burned the clothes you had carried on our first show.

 What did you do next?
After the death of Ansy, I set "Les Productions Yole Dérose". To achieve this, I used all my experience with Ansy and with other local and international artists. "Les Productions Yole Dérose" represent a platform of exchange with artists from diverse backgrounds. They are also used to produce stand me, but more as a writer and director. My first production was "On behalf of Atlantis', followed by many others such as" Woman, "" Haiti, Land of Fire "...

How does this company?
"Les Productions Yole Dérose" are doing well. Multiple creations and performances over the past 15 years bear claw are there to testify.
However, nothing is ever easy with us. The financial aspect is the major problem. The artistic work is not part of the priorities of the country, since there are so many. But fortunately there was some patrons who help somehow our creations. Thus we come to survive.
 
You are undoubtedly one of the biggest Haitian singers of all generations. Why, so far, have you made one solo album? Do you not think of releasing a new solo album to succeed the exquisite "When my heart beats"?
It's a question we often ask myself ...
I started in the duet with Ansy and the public immediately had the thunderbolt. In fact, I did not have solo careers, otherwise solo interventions in programming the duo. I did an album because of the public's insistence and circumstances ... It was not as easy as today. There probably would have been more if time had permitted ... But this duo was also important for us: it was a unique symbol in Haiti.
If it happens that I have to make another album? I do not know ... I too dream of publishing an album, for he who does not dream no longer lives. We will see. Maybe it will happen one day. Never say, "Fountain, I will not drink your water."

What is your most recent project?
I do a lot of other things now. I mounted "Haiti Heart of a Woman" there about three years to just overcome this deficiency female voices that fail to emerge. It is a platform for a dozen young singers who possess a nice voice. This activity absorbs my time and calms down a bit my frustration. It's very hard to live in Haiti and find that time passes and we can not go after her dreams. Anyway, I'm happy in what I do.

 You mentioned the "tip of your dreams." What is the "tip of your dreams"?
The tip of my dreams is to see art become a priority in Haiti, to see taught in all schools, so that it is more a 'trick' in brackets; it is part of the curriculum for schoolchildren and students. As taught mathematics and other disciplines, it is necessary that there be singing, music theory, music, dance. From our very history, can not divest itself of art. I believe that to rebuild the Haitian, he must put him up in this way, that is to say, by its art, its culture, by what he fundamental.

What conclusion would you assess the current situation of the Haitian popular music?
The Haitian popular music today is a cocktail of all genres. This is not surprising, because these days, thanks to the internet, the world has really become as they say a small village. We will not go through a thousand paths to find that everyone does what he can. The result of what we produce is always a function of what has been absorbed.

In the same vein, it is up quite often criticize, rightly or wrongly, some Haitian artists a little too slavishly imitate the foreigners. What do you think?
Right. We did the overflight earlier. By dint of seeking what they think not to have some young artists are lost, stray from their true identity, their culture, just creativity. There is a tendency to move towards products that work financially, and that swarm through social networks. If you are an artist, you must create. One can also create something beautiful, unique from all genres that we have assimilated.

Do you think this situation will recover? Are you optimistic?
I am naturally a very positive person. I do not dwell on what I can not change. I try to do a little bit better what I choose to do. This is my stone in the pyramid. Sometimes it may happen that I am frustrated, a little worried, but not discouraged.
How can we ask young people without support, no training, no education, no family support, to do otherwise? What happens most often is that the parents are in a situation where he must seek daily bread. So they can not give what they do not. Thus, many of these young people are drifting and improvise their lives.
We can not blame the youth if they lack awareness, confidence and conviction, because the solution does not only depend on them. It takes brains, crazy like that trying to straighten the boat. We need trained people who can serve as their guide, model in a suitable structure. My motto is: "Through art, all miracles are possible." In any case, I remain very positive, though. That is my nature. When one is not optimistic, the light goes off; gold, we must keep it.

Do you recognize yourself in the new generation of Haitian music?
For me, the music, like all artistic creation, is timeless, and I do not place myself in a certain period. However, there are beautiful outputs of this new generation and often I recognize myself.

What kind of music do you listen Haitian today?
I listen to a bit of everything. The so-called retro music, as well as the new Haitian vague.

Do you listen to the successes of Yole and Ansy?
Laughs ... No. Not often.

Do you have favorite songs?
Yes I Do. As it is I who have always mounted the programs shows, there were songs that kept coming back, and this today. For example, to Ansy and me, there was "If Bondye". However, "Song for Haiti" and "Sing the bird" remain unavoidable.

Do you think the artist has a social mission? Do you think it must disclose certain defects of society?
I believe that many artists did. There are more subtle than others. Still, an artist must be a messenger. It transmits it therethrough. If he lives in an environment where everything is upside down, he became the messenger. If it passes the contrary, there is a current that does not pass and the audience will not respond. Obviously, we can transmit elegantly with passion and madness, depending on circumstances. It's always a choice. There must be a balance between the artist and his environment.

 Undoubtedly, you like poetry? Tease your muse? What are your favorite Haitian poets?
I write in my spare time and I love poetry. I like almost all Haitian poets. However, there is one last great wave, that of my generation, that concerns me deeply.

Do you think that in the twenty-first century, our society treats Haitian women in a way that allows him to break free, to emancipate themselves fully?
It is always hard work, struggle in such a macho society than ours. I think the Haitian woman must continue to strive for emancipation and impose increasingly, as many have come to do in many areas in recent years to serve as lighthouse, model, to future generations. It is not in the "hang-hing" "Man-Woman" we will do things happen, but by accepting the real values ​​and their harmonization in the sense of balance.

When you think about your wonderful appearance on stage, what is the best memory that emerges?
There were many highlights during my career, but I was particularly marked by the loyalty of the public during a concert that was to be held at Carnegie Hall in New York. It was 26 September 1982. After several months of negotiations and preparation, finally, the big day arrived! Like a student who was about to receive his admission bulletin, I was in my dressing room, one floor, staining to master the emotion I felt during the first season. In addition, there was concern that the public could make the trip due to bad weather announced yesterday. To top the table, it was for the first time a couple of Haitian singers treading the boards of the Carnegie Hall ... I was torn between fright and fear of an artistic and financial failure; it started to rain heavily. For me it was the coup de grace: the public does not make the trip! Every five minutes, I looked out the window overlooking the main street of sight ... Still not much ... I stopped torturing me, telling me they could do nothing. A moment later, when the commissioner who helped us manage stress struck all excited at the door, I thought about the cancellation of the evening. Instead, he said: "All the streets are blocked! One has never seen it at Carnegie Hall ... It delays exceptionally 30 minutes of show. "And he opened the window to let us see. It was the unthinkable: I saw a long line of people patiently queuing in the rain, with a multitude of umbrellas of all colors, like out of every nook and cranny of Manhattan. A festival of colors ... Haiti was present, and the same image is forever etched in my memory. Obviously, the evening took place in complete euphoria ... a real success. But for me it was much more than that.

 What musical instrument do you play, if that is the case?
I obviously did music theory. Very young, I touched the guitar, I strums, I played traditional drum too, but I do not play any instrument professionally. My favorite musical instrument is the voice; it is valuable, unique, irreplaceable, and can not be bought.

If you were not a singer, what other career would you kissed?
I might have been behind the scenes of a theater, taking care of the training of artists. I will do the staging. And that's exactly what I'm doing today. I can not imagine doing an activity not related to my artistic life.

You are considered one of the most beautiful Haitian women, a "Anacaona," a "Choucoune" of our time. Is it easy or difficult to live day after day the icon status which you enjoy with the whole nation?
They say, it says. Thank you. We do not see you and in a few years. This takes time. This status icon is rather flattering, but I saw it with ease.

On a desert island, what three or four Haitian and foreign musical works would you bring with you?
If the island was deserted, I would have no support for listening to musical works. I would bring preferably something navigate to a more welcoming place. (Laughs)

What is the Haitian hero who has impressed you the most?
I saw the heroes who gave us our independence, and it is in their honor that I mounted the blockbuster "Haiti, Land of Fire." However, I still have a feeling more and evoking the story of Henry Christophe, Dessalines, too.

In real life, what is the character that has impressed you the most?
Ansy Dérose was my mentor, the one who convinced me to make a career in song after hearing me sing just once. Moreover, it was my husband for over 20 years and the father of my only daughter. He was an exceptional man and I learned a lot with him. That's how it all really started for me ... I could mention other names, but it keeps the first place.

 What is your message for young Haitian girls who would one day become an icon, an idol, like you?
I would tell them to dare to have dreams, work hard to achieve despite the uncertainties, and still believe in the miracle of art.

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Interview by - Carl Louis Saint Jean 
- louiscarlsj@yahoo.com,  2015

Carl Louis Saint Jean writes from New York City, United States

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